« Je faisais chambre à part pour lire Proust ». L’auteure d’origine hongroise écrit son premier livre (et les suivants) dans sa langue d’adoption, le français, et confie qu’elle n’a pas souhaité les traduire tous en hongrois. C’est du rapport à la langue maternelle et d’adoption, mais avant tout de la quête éperdue de la vérité des mots « Je croyais que les mots devaient tout dire, mais comment dire sans trahir l’autre (…), de la censure se met en place (…) mais ce ne sont pas les faits qui sont réels, c’est autre chose. Ma réponse est un travail d’idéalisation, une voie de guérison ».
Marie Haloux, médiatrice, souligne la faculté d’Eva Almassy à s’ancrer dans sa vie privée pour créer et transformer ses personnages. L’auteure refuse en effet l’opposition entre le roman et l’autofiction, « l’autofiction peut être traitée sous forme romanesque, c’est une question de forme et de structure ». Eva lit un extrait d’un texte composé de « trois textes enchevêtrés » dont le titre « La magique étude du bonheur » est un vers de Rimbaud. Émotion, musicalité de la parole qui se déroule à l’infini, conjuration du temps que l’on franchit par « le pont des générations », emprise du doute et des paradoxes (« Comment être libre quand on désire la fusion ? »), revendication de pouvoir « s’inspirer de sa vie personnelle, assumée et voulue sur le plan autobiographique » pour écrire son histoire en sachant qu’il s’agit de « vivre dans l’émotion mais ne pas être confondue avec elle », quête d’affirmation « que nos pensées ne sont pas perdues, qu’elles sont efficientes et modifient le monde », gémellité, deuils, plénitude et limites de l’amour, c’est dans un tourbillon d’idées, de conseils, de débuts d’histoire racontés, de sonnets libres, d’une fiction radiophonique en cours (Elizabeth Barrett Browning), que sont convoqués au passage Proust, Shakespeare, Stephen King, Virgina Woolf, Jacques Jouët, Agota Kristof, les « Papous dans la tête » et la Vie des Saints.…
Elle qui a commencé par écrire un roman (V.O. , Gallimard, 1997) dans lequel elle dissocie formellement l’espace de la narration et celui des dialogues, confie que le prochain roman n’en sera pas un, « Je vais écrire un miroir », revenant sur la volonté plusieurs fois évoquée « de laisser une trace écrite de préférence par le marquage de notre histoire ».
