Publié le 2 décembre 2011

Retour sur les Inédits avec Michel Volkovitch

Inauguration ce 28 novembre 2011 de notre troisième saison des Inédits, en présence de Michel Volkovitch, auteur et traducteur (lauréat de la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature 2010), reçu par Catherine Stahly Mougin.

Lecteur insatiable (« La destinée d’un texte est d’être lue à haute voix  »), il noircit ses lectures de notes dans la marge, ou sur la dernière page blanche du livre qui lui est « précieuse », probablement est-ce sur le texte des autres qu’il commence à écrire, rassemblant des notes qui fourniront la matière de ses propres textes.

Avec la passion du pédagogue, il lit un extrait (Madame Bovary, Flaubert) en décomposant les phonèmes : leur nombre récurrent ou croissant ou encore décroissant donne au texte son souffle. Multipliant les exemples, il donne à entendre comment certaines voyelles adoucissent, certaines consonnes durcissent le sens ; comment l’ascendant ou le descendant donnent leur couleur aux mots. Il convoque des admirés, Flaubert, Echenoz, Michon, Koumandarèas, Cavafy, Dimoula, Léo Ferré, Jean-Paul Emer...
« Ce qui s’écrit, c’est la voix de la langue ». Et la langue qui va le charmer, orienter son parcours, le mener en littérature, en poésie, c’est le grec. « J’ai traduit », dit-il, « ça apprend à écrire » avant d’affirmer que « l’écriture apprend à traduire ». Pour Michel Volkovitch, « l’écriture et la traduction se reposent l’une de l’autre. C’est un excellent entraînement. (…) La traduction permet une véritable lecture, elle incite à l’analyse et à une plus grande conscience du texte même si l’instinct joue toujours un rôle dominant ». Il tente la métaphore pour mieux nous les faire ressentir, « la traduction est un mulet attelé, l‘écriture un poulain échappé ». Il parle, avec un mélange de fierté et de pudeur, des livres publiés chez Nadeau, de Verbier, son « best seller », de son amour pour les jeux de mots, la polysémie, « les mots sont de la matière, comme de la terre à modeler, à travailler  ».

Il organise son travail avec une précision de métronome : les vingt premiers jours de chaque mois sont consacrés au travail de traduction, les dix jours restants il prépare les textes dédiés au web « son grand chantier » (volkovitch.com et remue.net) ; et tous les soirs, « le dessert  » est l’écriture personnelle à laquelle il s’adonne : « à un moment la digue cède, et on y va".

Quand le public le questionne sur sa discipline, ses choix entre la traduction et l’écriture personnelle, il confie non sans gravité à quel point « il faut savoir jusqu’où on peut aller. Il faut faire des sacrifices ». Il s’anime à nouveau lorsque de musique, et donc de silence, il est question. Ses mains miment avec lenteur le passage à la ligne, l’acharnement à « laisser respirer, rendre le rythme de la phrase ». On entend dans sa voix revenir la passion, il cite des poètes grecs, dit l’incertitude de la traduction, la découverte toujours à venir du texte en le traduisant encore et encore, comme s’il fallait s’en approcher à pas de loup pour en entendre enfin le son originel. « Les mots seraient des feuilles qui voltigent. L’auteur doit voir le vent qui les souffle ».

Notre prochain rendez-vous est le 19 décembre 2011, à l’Institut finlandais où Aline Barbier recevra Dalibor Frioux.
Merci à vous tous.
Joana de Fréville