Publié le 17 décembre 2010

Aleph en Finlande !

Seconde Conférence Internationale d’Écriture Créative

Du 19 au 22 novembre 2010, s’est déroulée à Orivesi (Finlande) la 2ème Conférence Internationale d’Écriture Créative.

Elle a eu lieu dans le cadre fort agréable du campus du Collège des Beaux-Arts d’Orivesi (Oriveden Opisto, dans le pays des lacs finlandais, non loin de Tampere, seconde ville du pays), qu’il faut remercier infiniment pour la qualité de l’accueil et de l’organisation.

La Conférence était organisée par les organismes suivants :
- L’Université de Jyväskylä,
- l’Université de Turku,
- la Société Finnoise de Programmes d’Écriture Créative,
- l’Association Européenne de Programmes d’Écriture Créative (EACWP), dont fait partie Aleph-Écriture.

Le public de la Conférence était composé de formateurs en écriture créative, d’écrivains, de traducteurs et de stagiaires d’ateliers d’écriture, provenant de partout dans le monde.

Javier Sagarna, directeur de la Escuela de Escritores de Madrid et président de l’Association Européenne EACWP a inauguré le colloque le vendredi 19 novembre en fin d’après-midi.

La première conférence, tenue par Niina Hakalahti, écrivain et professeur d’écriture à la Viita-Akatemia de Tampere, traitait de la transformation de la vie en fiction et des méthodes permettant de l’enseigner.

Ensuite, Rubén Abella, écrivain et professeur de la Escuela de Escritores, put faire découvrir son œuvre à travers son exposé : « Demande au pommier. Notes sur l’écriture et la vie » (Ask the apple tree. Notes on living and writing). Le titre n’est pas aussi mystérieux qu’il en a l’air : de même qu’on ne demande pas à un pommier pourquoi il fait des pommes, il est inutile de demander à un écrivain pourquoi il écrit. Morale illustrée avec humour via une projection de couvertures de livres ayant marqué l’histoire personnelle de l’écrivain.

La troisième et dernière conférence, donnée par le poète américain James Richardson, professeur à l’Université de Princeton, portait sur la création des aphorismes et des proverbes, des genres qui occupent une place centrale dans son œuvre.

Le samedi 20 novembre, le programme a repris à 9h avec la présentation des différentes écoles d’écriture qui participent au projet.
Mariana Torres présenta donc la Escuela de Escritores, Muriel Villanueva l’Escola d’Escriptura de l’Ateneu de Barcelone, Harriet Nachtmann l’Académie de Poésie de Vienne, Alain André Aleph Écriture, Daniel Soukup l’Académie Littéraire de Prague et enfin Mattia Garofalo la Scuola Holden de Turin.

La journée se poursuivit avec les interventions suivantes :


- Marina Gellona de la Scuola Holden de Turin : « Seul dans les bois sauvages. Paysages des contes de fées : un espace pour la marche, le regard et l’écriture » (Alone in the wild woods. Landscapes of fairy tales : place for walking, watching and writing) ;


- Helen Brunner de Trieste : Comme ça, pour le plaisir…


- Daniel Soukup de l’Académie Littéraire de Prague : « L’Histoire littéraire dans le contexte de l’enseignement de l’écriture créative » (Literary history in the context of teaching creative writing) ;


- Kristian Blomberg de l’Université de Jyväskylä : « L’édition en tant qu’art poétique contemporain » (Editing as contemporary Ars Poetica) ;


- Christiana Lambrindis d’Athènes : « Pédagogie d’un centre : folie, dyslexie et amnésie produisent de l’écriture créative » (Pedagogy of a center : Madness, dyslexia and banned Memory perform creative writing).

Le début d’après-midi était dédié à la pratique : différents ateliers d’écriture et événements en anglais furent proposés aux participants du colloque, notamment une table ronde conduite par Alain André d’Aleph-Écriture sur le thème fort prisé des « Débuts de romans ». Une occasion pour les participants de s’interroger sur le genre : qu’est-ce que commencer un roman, et d’ailleurs « où » ça commence, comment situer l’écriture du premier jet initial dans le processus de composition, que penser des débuts « conventionnels » ?

Le reste de l’après-midi se poursuivit avec des séquences brèves organisées en trois blocs ; le premier autour du thème des conseils et de la technique littéraire, le deuxième sur l’enseignement et le développement universitaire de l’écriture créative, avec notamment la présentation par Stuart Glover du département de recherche dédié à l’écriture créative du l’Université de Queensland, en Australie. La troisième partie traitait de la traduction littéraire, avec la présentation par Daniela Beuren de son cours à l’Université de Vienne concernant les différentes techniques de la poésie multilingue.

La dernière journée du colloque s’ouvrait sur une conférence de Amparo Seijo de la Escuela de Escritores : « Physique de la vérité » (The Physics of Truth). Vint ensuite Hans Tarjei Skaare, de l’Académie Nansen de Lillehammer, avec son exposé sur Jon Fosse. « L’art d’écrire à partir de zéro » (Jon Fosse and the art of writing from zéro).

Le soir, une lecture ouverte (open mike) permit d’entendre des textes en anglais, mais aussi et surtout de fortes expressions des pratiques créatives nationales, en espagnol, catalan, néerlandais, finnois, italien, français, tchèque ou allemand.

Au total, cette Seconde Conférence Internationale s’est avérée d’une grande richesse. Elle soulève quelques questions transversales :

  • Quelles limites à l’influence (dominante) de la littérature américaine et des manuels de créative writing à l’américaine (Natalie Goldberg, etc.) ?
  • Comment articuler l’usage de l’anglais comme langue de communication et de travail (notre latin moderne) et une centration forte sur les créations produites dans les autres langues européennes (aucun organisme anglais ou américain n’était représenté, la seule conférence quasi-incompréhensible pour les participants fut celle du seul auteur américain présent, enchaînant les « private jokes » universitaires à toute allure) ?
  • Comment développer des thématiques propres à valoriser la densité et la qualité des littératures européennes (autrement dit : il n’y a pas que le « storytelling ») et le modèle du récit « à l’américaine », lui-même largement démarqué du roman anglais et français… du XIXème siècle) ?

    Ces questions nourriront, sans nul doute, les travaux de la Troisième conférence internationale…