L’atelier d’écriture

Comment ça se passe, une séance d’atelier d’écriture ?

Au début, vous arrivez dans un groupe. Il doit commencer par se rencontrer. Donc, chacun se présente. L’animateur, qui était là avant tout le monde, pour accueillir les participants, se présente aussi. Ensuite, il fait une proposition d’écriture : présente un thème, suggère une forme ou des consignes précises, facilitantes pour l’écriture. Tout le monde écrit, une demi-heure ou plusieurs fois dix minutes, puis chacun donne à entendre ce qu’il a écrit, en grand groupe ou parfois en petit groupe. Et on en parle, c’est-à-dire que chacun reçoit des retours au fur et à mesure des textes lus à voix haute, de la part de l’animateur puis par des personnes du groupe. Évidemment, ce schéma évolue au fil des séances : on peut afficher, diffuser des photocopies, travailler sur de brefs textes d’auteurs pour se saisir d’une question technique, creuser un même thème sur plusieurs séances pour écrire un texte plus long et plus achevé.

Ça doit être dur de lire ses textes devant les autres, non ?

C’est surtout émouvant. Mais très vite, ça présente un immense intérêt, celui d’avoir les retours d’un public bienveillant. Après les premières séances, il n’est plus nécessaire d’inviter les gens à lire, ils attendent ce moment avec impatience. Si on leur disait de ne pas lire, il leurs manquerait une étape, quelque chose.. !
La lecture reste un peu difficile pour certaines personnes. parce qu’on a pas l’habitude de lire à voix haute, parce qu’on lâche des choses personnelles, parce qu’on ne connaît pas les autres, parce que leur attention est focalisée sur soi. On a donc des raisons d’avoir peur, d’être gêné, chaque fois ou de temps en temps, selon ce qu’on a écrit et la perception qu’on en a avant de lire. Mais l’animateur est là pour recevoir ces émotions et les porter avec bienveillance et respect.

Quel genre de public s’inscrit aux ateliers d’Aleph ?

- Le public d’Aleph est de trois sortes. Les particuliers s’inscrivent et payent pour participer aux activités que nous organisons dans nos locaux. Certaines sont prises en charge par leur entreprise ou leur administration. Nous organisons aussi des activités à la demande d’institutions, dans leurs locaux. Nous touchons alors des publics très divers : demandeurs d’emploi, managers, ouvriers d’entretiens, assistantes sociales ou maternelles, ingénieurs, etc., pour lesquels il s’agit souvent d’écriture professionnelle.
- Pour les activités organisées dans nos locaux, on pourrait définir un profil-type, mais il est trompeur, parce que les exceptions sont nombreuses dans tous les domaines. Mais ce pourrait être une femme (suivant les activités, les femmes représentent de la moitié aux quatre cinquièmes des inscrits). Cette femme aurait entre 30 et 50 ans ; elle aurait suivi deux ou trois années d’études supérieures (on s’autorise plus facilement à écrire quand on a fait des études longues) ; elle serait professeur, éducatrice, psychologue ou monteuse (les métiers d’enseignement, de relation et de création sont sur-représentés. Notons cependant que depuis 2 ans un public masculin et plus jeune fait son apparition dans nos ateliers.

Pourquoi faut-il suivre une journée ou un stage de découverte "Oser écrire" avant de s’inscrire à la formation générale à l’écriture littéraire ?

— Le dispositif de l’atelier d’écriture reste inhabituel, dans le paysage de l’enseignement et de la formation. Il faut l’apprivoiser, éprouver si l’on s’y sent bien ou pas. Par ailleurs, la formation générale à l’écriture littéraire implique un véritable engagement, dans la durée. Il est donc difficile de s’y inscrire et de dire au bout de deux séances : “Ah ! bon, c’est ça, excusez-moi, ça ne me convient pas, j’arrête.” Alors que l’inscription a été refusée à certains, parce que l’atelier était complet.

Quels thèmes aborde-t-on dans les ateliers d’écriture ?

— Il y a des thèmes, bien sûr, mais presque toujours associés à une forme ou à un genre particulier. On devrait parler plutôt, comme le fait Perec en réfléchissant aux livres qu’il a écrits, de “champs d’interrogation”, ou de portes à ouvrir. Les propositions permettent d’explorer quatre champs : la fiction (l’imaginaire, les histoires) ; l’autobiographie (le moi, la vie, le système des goûts et des dégoûts) ; le langage (la poésie, les contraintes formelles) ; et le monde (le regard que je porte sur lui). Au-delà de ces champs d’interrogation, on rencontre les genres littéraires et leur immense éventail parfois méconnu (biographies imaginaires, anamnèses, traités minuscules, etc.).

Est-ce qu’on écrit pour soi, ou avec les autres ? Est-ce qu’il y a des productions collectives ?

— Dans les ateliers réguliers comme dans les cycles et dans la plupart des stages, chacun écrit ses propres textes. Mais il y a des exceptions : il est intéressant de revenir occasionnellement aux traditions d’écriture à plusieurs mains (surréalisme, poésie japonaise), et nous aimons proposer, en seconde ou troisième année d’atelier régulier, la production collective d’un roman, qui constitue une expérience très formatrice.

Est-ce que les textes écrits en atelier sont publiés ?

— Les textes écrits dans les ateliers ne sont pas destinés, tels quels, à la publication. Ce sont des textes expérimentaux. S’ils sont publiés, c’est que l’auteur a décidé de les retravailler en vue de la publication et de les envoyer à des concours, à des revues, à des éditeurs.
— Il y a des exceptions, toutefois, dans certains cycles d’approfondissement consacrés à l’écriture d’un manuscrit complet (roman, recueil de nouvelles ou de fragments…). Il est proposé à chacun de retravailler un texte, et encore, jusqu’à l’aboutir vraiment. Mais c’est de l’édition expérimentale, une sorte de compte d’auteur pédagogique, tout à fait exceptionnel.

Qu’est-ce qui se passe de tellement génial dans un atelier d’écriture ?

— C’est toujours difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas vécu. C’est un lieu d’émotions fortes : on rit beaucoup dans un atelier, on pleure parfois, ou bien on s’énerve. C’est une rencontre, forte, durable, au cours de laquelle les gens échangent et partagent ce qu’ils ont de meilleur : leurs rêves, leurs désirs, leur histoire, leur relation à la lecture et à la littérature. C’est un lieu d’invention du sens, une façon d’interroger notre vivre ensemble, ce qui était déjà l’objet même de la littérature pour Aristote. Un lieu d’invention de soi aussi : de sa voix, de son matériau (c’est l’écriture qui le produit, on le découvre ou le redécouvre au fur et à mesure) et finalement d’un autre soi que celui de la vie de tous les jours, plus dense, plus ouvert et plus riche à la fois. Ça aide à faire danser la vie comme à y mettre plus d’écriture et de littérature.

Peut-on s’inscrire avec son conjoint, ou une amie, ou sa fille, dans le même atelier ou le même stage ?

— Ce n’est pas formellement interdit, mais ce n’est pas forcément judicieux. Il faut garder en tête que c’est pour vous que vous suivez un atelier d’écriture. Cela dit, on peut faire un stage avec son amoureux, une amie, un de ses enfants tant que chacun mesure les enjeux qu’il met dans cette démarche.

À qui appartiennent les textes écrits pendant l’atelier ? Aux auteurs, à l’animateur ou à Aleph ?

Ils appartiennent à l’auteur. C’est pourquoi il y a une règle de confidentialité, dans l’atelier d’écriture comme dans la plupart des groupes restreints. Même les textes photocopiés et distribués dans l’atelier ne sont pas censés circuler en dehors des membres du groupe, sauf autorisation expresse de l’auteur. En revanche, chacun donne ses propres textes à qui il veut.

Peut-on changer de groupe en cours d’année, ou entre la première et la seconde année ? Est-ce recommandé ou pas ?

Un atelier d’écriture est un groupe fermé à partir de la troisième séance (c’est-à-dire qu’on n’y accepte plus de nouvel inscrit). Cette disposition garantit à chaque membre du groupe une vraie régularité de travail. Mais du coup, on ne change pas de groupe en cours d’année : on le quitte — et on ne peut pas entrer tout de suite dans un nouveau groupe, la plupart du temps.
Entre les deuxième et troisième années, le changement est possible. Mais il y a une priorité d’inscription pour les personnes qui ont déjà suivi l’atelier l’ année précédente : encore faut-il, par conséquent, qu’il y ait des places disponibles. L’atelier construit une communauté de mémoires (des textes, de l’évolution du rapport à l’écriture de chacun) : ce qui se tisse là-dedans est très précieux. Nous ne poussons donc pas du tout au changement de groupe et d’animateur. En revanche, il faut qu’une aventure se termine, pour qu’il soit possible de passer à autre chose ; c’est pourquoi ces ateliers réguliers durent tous 180 h, sur deux ou trois ans selon les villes (parfois un peu moins, quand les ateliers de première année ont commencé en janvier au lieu d’octobre).

J’aimerais bien m’inscrire, mais je ne peux pas m’engager sur toute l’année. Est-il possible de ne venir qu’à quelques séances, ou à un seul trimestre ?

C’est dommage de s’inscrire à un atelier ou à un cycle régulier pour partir avant la fin de l’année : dommage pour vous (vous n’allez pas au bout de votre geste, vous en tirez un bien moindre profit), dommage pour le groupe (quelqu’un qui part, c’est un petit deuil, c’est une voix qui manque), dommage pour Aleph (c’est une place vide, qui ne peut être remplacée). Si vous ne pouvez vous engager, pourquoi ne pas choisir des stages ponctuels ? Vous ferez plus tard un atelier régulier, ou ce cycle sur le roman qui vous fait rêver.

Pourquoi faut-il avoir suivi 180h d’atelier régulier avant de pouvoir s’inscrire à un cycle d’approfondissement ? À quoi correspondent ces 180h réparties sur deux ou trois ans ? Y a-t-il une progression ?

Les deux ou trois années d’atelier régulier constituent un plancher ou un socle : une formation générale. On explore, on repère sa voix et ses thèmes, puis on apprivoise le travail sur des objets littéraires brefs, ainsi que la réécriture à domicile. L’atelier régulier, comme les stages courts, ne préjugent pas d’un projet d’écriture personnel. Ce plancher est en tout cas nécessaire avant d’aborder des chantiers plus ambitieux, comme un roman, un recueil de nouvelles, un texte théâtral ou un scénario de moyen métrage. Si on s’inscrit à un cycle de création sans être vraiment capable de travailler à domicile, avec les outils ad hoc, on prend le risque de se trouver en échec. Il y a vraiment des étapes à respecter.

Quelle est la différence entre un atelier par mail et un atelier présentiel ?

L’atelier d’écriture suppose le travail au sein d’un groupe restreint. La question est de savoir si vous vous sentez bien dans un groupe. Si vous avez horreur de ça, vous pouvez suivre des ateliers en ligne, où cette dimension du groupe est par définition moins présente. L’atelier par e-mail est aussi une excellente réponse aux personnes qui ne peuvent se déplacer géographiquement.
— À Aleph, nous essayons progressivement d’avoir un éventail plus important d’ateliers en ligne (atelier régulier et stages). L’avantage des ateliers en ligne, c’est l’interactivité avec l’animateur : la rapidité des échanges

Quelles sont les différentes formules d’atelier régulier ?

Tous les ateliers réguliers d’Aleph durent en principe 180 heures, parfois un peu moins : de 50 à 60 séances de trois heures. Mais il existe plusieurs formules : à Paris, 10 soirées par trimestre (le lundi, le mardi, le mercredi ou le jeudi, de 19 h 30 à 22 h 30), 5 journées par trimestre à raison d’une journée tous les quinze jours (le lundi, le mercredi, le vendredi ou le dimanche), 3 w-e par trimestre. Ces ateliers-là durent deux ans, mais si le rythme est plus lent, ils peuvent durer jusqu’à trois ans. Il faut choisir en tenant compte de votre disponibilité. L’atelier hebdomadaire est le plus régulier, il exerce une action plus profonde, mais ce n’est pas la peine de vous y inscrire si vous travaillez cinq jours par semaine de façon éreintante.
Il y a des ateliers réguliers proposés par Aleph dans de nombreuses villes : Lyon, Bordeaux, La Rochelle, Niort, Toulouse, Angers notamment. Et nous donnons volontiers les coordonnées de quelques excellents ateliers conduits pour le compte d’autres organismes par des animateurs que nous avons formés : à Lille, Mulhouse, Strasbourg, Épinal, etc.

Ça mène à quoi, un atelier d’écriture ?

Dans l’ouvrage qu’elle a tiré de sa thèse de Lettres Modernes sur les ateliers (L’invention des ateliers d’écriture en France, L’Harmattan, 1997), Isabelle Rossignol estime qu’ils déplacent et développent le rapport à l’écriture de chaque participant. Ils l’actualisent, le modernisent. Ils permettent de découvrir, parfois de façon très imprévue, ce qu’on a à faire, dans sa vie, avec l’écriture. Sur un plan plus précis, ils visent à construire, chez chacun, l’aptitude à produire des objets littéraires ou non (de toutes sortes) qui soient aboutis (relativement achevés, cohérents, pensés) et lisibles en dehors du petit cénacle de l’atelier d’écriture.

Est-ce que la fréquentation des ateliers permet de devenir écrivain ?

Les journalistes nous demandent souvent quels écrivains sont “sortis” de nos ateliers, comme Raymond Carver ou Lorrie Moore des writers’ workshops américains. Nous donnons des noms parfois d’écrivains qui sont maintenant connus ou d’ex-participants qui nous envoient leurs ouvrages. Il faudrait y ajouter une partie des animateurs eux-mêmes, qui bien souvent ont animé avant de publier fiction ou recueil poétique publié à compte d’éditeur, si possible dans une “bonne maison”. Mais nous ne savons pas toujours qui publie ou non : certains oublient, dès leur première publication, qu’ils sont passés par les ateliers (certains éditeurs, bien dans la tradition française, romantique et vocationnelle plutôt que professionnelle, trouvent que l’atelier, “ça sent un peu trop la sueur”, pas assez le parfum du génie natif).
En fait, les gens qui s’inscrivent à des ateliers réguliers ne rêvent pas tous de devenir écrivain. Et dans les cycles d’approfondissement, le deviennent ceux qui n’en rêvent pas pour des raisons décoratives, mais ont, chevillés au corps, à la fois le désir de reconnaissance, l’obstination au travail et le besoin d’écriture solitaire. S’ils sont écrivains, en somme, c’est à eux de le découvrir et de le prouver. Nous leur donnons simplement tous les points de repère et d’appui dont ils ont besoin pour ça (pour ne pas se décourager, pour produire des manuscrits de qualité).

Comment s’informer davantage sur les ateliers d’écriture ?

Aleph propose des présentations détaillées gratuites sur la plupart de ses activités. D’une façon plus générale, il existe quelques ouvrages. Dans une logique “consommateur”, on peut consulter par exemple le Guide des ateliers d’écriture, écrit par Lorenzo Soccavo (Dixit). Pour mieux comprendre l’histoire et les différences entre ateliers, l’ouvrage de référence est celui d’Isabelle Rossignol, L’invention des ateliers d’écriture en France (L’Harmattan, 1997).