Publié le 2 février 2012

Retour sur les Inédits avec Arnaud Cathrine

C’est avec pudeur et autodérision qu’Arnaud Cathrine explore avec Estelle Lépine qui le reçoit dans le cadre des Inédits d’Aleph-Écriture (16 janvier 2012 à Paris), les limites entre autobiographie et fiction. Comment faire pour écrire au plus près de soi sans se démasquer ? Comment tisser une histoire qui « vise à ce que l’auteur soit dans le livre sans être nu » ? Qu’est-ce que quitter son milieu, avoir l’impression de le trahir ?

On évoque Annie Ernaux, Christine Angot, les divergences sur la question de la responsabilité envers autrui. Pour Arnaud Cathrine, « on a une responsabilité quand on s’empare de la vie des autres et de la sienne  ». Se retrouvent en jeu la pudeur de l’auteur et de la réceptivité du lecteur : « le masque romanesque » permet de raconter son histoire avec des transpositions qui protègent la pudeur. Après un préambule qui marque la quête de la distance nécessaire entre autobiographie et fiction, entre la nécessité de dire et de maquiller (« Ecrire et donner à lire est exposition mais s’il y a exhibition je fuis »), tout en « résistant à la langue morte, au faux discours », Arnaud Cathrine donne à entendre un long extrait de son chantier en cours, « un roman de classe intitulé " Un fils de bourgeois " ». Faux journal intime, l’auteur y livre des portraits de famille, des souvenirs d’enfance mêlés à des observations en temps réel. Estelle Lépine met en parallèle ce roman en cours avec un extrait du Journal intime de Benjamin Lorca dont on retient, paradoxe et jeu de l’auteur, que « Benjamin n’écrivait que des fictions ».

Interrogé sur son processus de travail, Arnaud Cathrine confie ne garder que la moitié des pages produites, insiste sur l’importance de l’autorisation personnelle à écrire, du rôle salvateur de la littérature jeunesse qui lui a permis à ses débuts de « faire sauter les verrous de la porte blindée », du repérage de ses tics de langue, de la composition narrative, de savoir se relire. Sa technique de distanciation privilégie la 1ère personne du singulier, plus marquée quand il se glisse dans la peau d’un personnage féminin (« Jamais je ne me suis senti aussi libre parce que personne ne pouvait venir me chercher  »).

Ni comédien ni chanteur à temps plein mais présent sur de nombreuses scènes, programmateur de festivals littéraires, cet auteur hybride privilégie les actions qui « prennent en compte le corps de l’auteur » et le mettent en présence du public : lectures, rencontres, plateaux. Il reconnaît comme « un grand luxe de pouvoir faire des choses très différentes, de défendre les textes des autres, de laisser reposer son propre texte ». A la question « Y a-t-il un livre trop dangereux que vous n’écririez pas ?  », Arnaud Cathrine qui confie vouloir « aller sincère mais pas nu » affirme que « tout peut s’écrire à condition de trouver la forme juste, le motif. » Mais si « la fiction crée des dispositifs d’arrangement », lui-même s’interroge : « Jusqu’où est-ce que j’oserai aller plus loin ? ».


Notre prochain invité des Inédits : Tatiana Arfel, reçue par Aline Barbier le 7 février 2012 à 19 h 30, à l’Institut finlandais.

Image 1 sur 4

Image 2 sur 4

Image 3 sur 4

Image 4 sur 4