Mon écriture et l’atelier

Moi je ne suis pas doué (e) pour l’écriture. Est-ce que je peux m’inscrire quand même à un atelier d’écriture ?

C’est un jugement négatif, porté a priori sur votre propre écriture ! Si vous pensez que vous n’êtes pas doué, alors il faut vite venir à l’atelier. Le cadre, le dispositif et l’animateur autorisent vraiment à écrire. Et c’est vraiment quelque chose, quand les gens qui s’estimaient incapables d’écrire découvrent qu’ils savent écrire quelque chose qui touche les autres : “C’est moi qui ai écrit ça !!”

Peut-on suivre un atelier d’écriture quand on n’a pas fait d’études littéraires, qu’on n’est pas très lecteur ou qu’on n’a pas lu tous les auteurs cités dans votre programme — Perec, Ponge, Cortazar et compagnie ?

Ça n’a aucune importance. Un atelier n’est pas un cours de littérature. Si on a envie de cette aventure, c’est qu’on cherche sa propre voix.
— Cette inquiétude naît en général chez les gens qui lisent assez peu habituellement. Mais précisément, ce désir naît dans l’atelier, qui génère un gros appétit de lectures et fait découvrir des auteurs, contemporains ou pas, que nous aurons ensuite le désir de lire. On lit des textes d’auteurs dans les ateliers, pour faire écrire, pour le plaisir et pour voir comment ils sont faits : ce n’est pas de la consommation littéraire, c’est du braconnage créatif.

J’ai envie de m’inscrire, mais mon orthographe est médiocre : est-ce que c’est gênant ?

À l’école, traditionnellement, on fait de l’orthographe un préalable. Les auteurs professionnels travaillent ça en revanche à la fin, au moment du toilettage final du texte. Dans l’atelier, ce n’est donc pas essentiel, on sait simplement que ça se travaille avant de donner le texte. Si vous n’êtes pas à l‘aise, il y a toujours quelqu’un pour vous aider, sans parler des usuels (dictionnaires) que vous utiliserez dès le premier jet ou pas, selon votre degré de perfectionnisme. Si pour vous la question de l’ortographe est un problème que vous voulez résoudre, il est possible de suivre un atelier spécialisé : c’est un atelier d’écriture, mais où on travaille l’orthographe et la grammaire. La syntaxe est plus importante, sur le plan du style, mais on la travaille petit à petit, avec la phrase longue ou la concordance des temps du récit.

Avec quoi écrit-on en atelier ? A-t-on le droit de se servir d’un ordinateur portable ?

Le plus souvent, on écrit à la main, de même qu’on lit beaucoup à la voix. C’est nécessaire au début : on revient à la lenteur de l’écriture manuscrite, à la façon dont elle fait passer le texte en train de s’écrire par le corps. Certains animateurs n’acceptent pas les ordinateurs dans leurs ateliers : ils peuvent couper du groupe, produire des effets de distinction sociale assez gênants. C’est en général précisé dans la présentation détaillée de leurs activités. D’autres les acceptent, notamment dans les cycles de création (où la plupart des textes de toute façon sont saisis et imprimés, puisque c’est un tapuscrit complet qu’il s’agit d’y produire).

Et si je n’ai rien à écrire ?

Faites confiance à l’accompagnateur, c’est son métier. C’est un bon conducteur de votre désir d’écrire. Il est rarissime qu’un participant “sèche”, et si c’est le cas, il y a en général une bonne raison, à interroger.

J’ai envie d’écrire, mais je ne veux pas me livrer, j’ai peur de l’impudeur.

C’est une crainte on ne peut plus normale. On craint de se “dévoiler” en écrivant. Par ailleurs, sortir du secret, celui du journal intime, celui de l’écriture solitaire, est l’une des grandes motivations des personnes qui s’inscrivent à l’atelier. Le partage suppose et de recevoir et de donner. Il faut ajouter que la pudeur n’est pas une vertu littéraire : pour écrire et toucher les lecteurs, il faut donner à voir et à sentir, il faut puiser dans son expérience, parfois la plus intime, même si elle est livrée sous le masque de la fiction.

Qu’est-ce qui se passe si je n’aime pas les textes des autres participants ?

Est-on jamais tenu d’aimer quelque chose ou quelqu’un ? On peut aussi se taire, se contenter de ne pas exprimer de jugement négatif. Il est intéressant de comprendre pourquoi un texte ne nous touche pas. Le cadre de l’atelier induit une écoute plutôt bienveillante par rapport aux textes. C’est une écoute sensible, pas une écoute qui relève de la critique négative ou de l’interprétation sauvage. Il y a presque toujours quelque chose qu’on apprécie, qui étonne, qui surprend, qui amuse, qui intéresse dans un texte. On peut le nommer et se demander ce que l’auteur pourrait faire à partir de cet écrit envisagé comme un premier matériau (un premier jet). À partir de là, l’auteur décide, y compris de conserver tel quel un passage qu’un lecteur ne semble pas aimer.

Qu’est-ce qui se passe en cas d’incompatibilité d’humeur avec un animateur ?

En cas de problème, il est toujours possible de demander un rendez-vous individuel pour en parler. L’animateur doit vous l’accorder. Le centre de l’atelier, c’est l’écriture : il vaut donc mieux éviter de quitter un groupe pour une broutille (un agacement, une rumeur, un conflit ponctuel, une remarque, la crainte de passer à côté d’un autre intervenant réputé meilleur).

Comment l’animateur nous aide-t-il à avancer dans notre écriture ?

Il fait des retours. Ces retours relèvent du feed-back (il nomme un ressenti, des impressions : ce qui l’a touché, intéressé, gêné) et de la suggestion (de développer tel point, de modifier tel autre, de continuer de telle ou telle façon). Ils ne relèvent ni du jugement critique destructeur (pas de moquerie, de jugement négatif) ni de l’interprétation psychologisante (c’est du texte qu’il est question). Les ateliers réguliers d’Aleph sont des ateliers à visée littéraire-artistique (ce n’est pas le cas des ateliers d’écriture professionnelle, par exemple), ils ne visent donc ni la simple expression de soi (qui n’est qu’un début), ni une dimension thérapeutique (quels que soient leurs effets bénéfiques), ni une dimension de lien social (quelles que soient les rencontres qu’ils autorisent).
Ces retours se font peu à peu plus précis, notamment avec le travail sur des textes saisis et photocopiés. Ils sont accompagnés de conseils : ceux que l’on peut dispenser à des auteurs en devenir.

J’ai l’habitude d’écrire tout seul. Est-ce que c’est compatible avec l’atelier d’écriture ?

C’est complémentaire. L’intérêt de l’atelier d’écriture, c’est la présence des lecteurs : on est écouté.

La réécriture s’effectue-t-elle seulement en cours d’atelier ?

Elle s’effectue en cours d’atelier, si la séance fait travailler un enjeu technique particulier. Mais peu à peu, elle s’effectue de plus en plus à domicile. En première année, le travail se fait surtout à partir de premiers jets, mais en seconde et troisième année, l’animateur suggère de saisir et de diffuser par photocopies un certain nombre de textes. Cette saisie, et le retard qu’elle impose pour un partage des textes complets, incitent à la réécriture. Mais il n’y a pas d’obligation.

Est-ce qu’on apprend à écrire dans un atelier d’écriture ? Est-ce qu’on apprend la technique ?

On y travaille avant tout sa voix, mais en lien avec tous les éléments techniques que cela rend nécessaires. Cela passe d’abord par des découvertes : on sollicite votre écriture en des lieux inattendus, inhabituels, on repère la petite musique particulière qui est la vôtre, on regarde les techniques littéraires que vous utilisez spontanément. Il faut ensuite que vos textes s’en fassent de plus en plus porteurs. Cela suppose des apprivoisements (il n’est pas facile d’écrire là où c’est le plus fort, le plus nécessaire) et des apprentissages (si vous voulez écrire des nouvelles, il faut travailler narration et point de vue, invention de personnages, charpente, cohérence, points forts du récit, scène, résumé ou ellipse, préparation de la chute, etc.).

Au bout des deux ou trois années d’atelier régulier, un cycle est-il plus recommandé que les autres, ou est-ce affaire de préférence personnelle ? Y a-t-il une progression entre ces différents cycles ?

Tout est affaire de projet personnel. Certaines personnes ont besoin d’une étape intermédiaire avant de s’inscrire à un cycle de création, qui engage dans l’écriture d’un premier livre. Elles suivent alors l’Atelier du carnet (de l’écrivain) ; ou le cycle Chantiers (qui vise à faire émerger plus clairement un projet personnel). Et nous envisageons de proposer une année de préparation au cycle, centrée sur trois points : écrire à domicile (régulièrement et à volonté) ; trouver sa voix (et travailler son style) ; composer un ouvrage (méthode).
D’autres personnes s’engagent immédiatement dans un cycle, après avoir piaffé pendant les années d’atelier régulier. Elles veulent écrire du côté de l’autobiographique : elles s’inscrivent aux cycles Récits de vies ou Écrire un recueil de fragments autobiographiques (plus proche d’un travail poétique sur l’écriture). D’autres veulent écrire de la fiction, elles s’inscrivent aux cycles Écrire des fictions brèves, Écrire un recueil de nouvelles ou Roman : dans ce cas, il y a une progression, dans l’ampleur et la complexité des textes à écrire (mieux vaut aborder la nouvelle avant le roman).

Pourquoi doit-on lire à voix haute ses écrits dans un atelier ? Y est-on vraiment obligé ?

On n’y est jamais obligé : on y est invité. On écrit sans très bien savoir ce qu’on écrit (on a le nez sur le guidon). En lisant son propre texte à voix haute, on le découvre, on le reconnaît. On affirme sa voix, on en prend possession, on soutient son texte du corps et de la voix, il est forcément inabouti puisque c’est un premier jet. Cette lecture est un travail d’autorisation, parce qu’existe très fortement chez certains la tendance à s’excuser, à massacrer son texte en le lisant, par exemple. En même temps, à le lire, on s’en fait déjà le lecteur, on se décentre, on le regarde en se demandant ce que c’est que cette première trace, ce qu’on pourrait bien en faire.
Il faut ajouter qu’on ne lit pas toujours à voix haute et en grand groupe. Parfois on s’affiche, ou bien on donne des photocopies, ou on partage les textes en petits groupes.
L’écoute des textes est un entraînement. Au début, on n’arrive pas à suivre tous les textes, mais avec l’habitude, on développe sa faculté d’écoute. L’oreille aussi se travaille.

Puis-je faire partager, pendant l’atelier régulier, des textes que j’ai écrits à l’extérieur de l’atelier ?

Oui et non. Vous pouvez rapporter les textes écrits à domicile dans le prolongement des propositions de l’atelier : un certain nombre de séquences de travail, de deux à quatre séances, visent d’ailleurs à susciter cette écriture à domicile, de même que les propositions inter-sessions faites de temps en temps par les animateurs. En seconde année, vous pouvez aussi demander que des temps soient prévus pour l’écoute des productions personnelles. Mais si votre projet est trop décalé de l’atelier, ou implique un temps de lecture trop important, mieux vaut solliciter un entretien avec l’animateur, en plus de l’atelier. Et si vous vous êtes carrément lancé dans un ouvrage, autant demander à Aleph la lecture-diagnostic d’un autre animateur que celui de l’atelier. Tout cela est une question de discrétion, de dosage et de distinction des genres : ça se négocie.

Je suis en train d’écrire un roman, est-ce qu’un atelier d’écriture peut m’aider dans cette tâche ?

L’atelier régulier peut vous avoir aidé dans cette tâche. Il vous a permis de franchir des seuils : de devenir capable d’écrire plus régulièrement, de repérer votre voix et vos thèmes de prédilection, de travailler et retravailler vos textes, de disposer d’un bagage technique. Mais il n’est pas adapté à l’accompagnement de l’écriture d’un roman. Pour le roman que vous êtes en train d’écrire, Aleph vous propose soit de suivre un cycle de création consacré justement au roman, soit de solliciter un accompagnement personnalisé.