Publié le 25 novembre 2011

Merci pour la pub, Pierre Marcelle !

Mardi 22 novembre, dans Libé. Lecture d’une chronique intitulée « Le caprice passager « d’aboutir » sa chronique ». Pierre Marcelle s’en prend, et avec quel mépris, à Aleph ! Quel crime avons-nous commis pour mériter le tir de ce « sniper » mondain, plutôt que ses cibles ordinaires, gauche ou parti socialiste, lui qui n’est que du côté du vent ? L’existence d’une PME culturelle, marquée à gauche par des fondateurs qui voulurent affirmer qu’écrire pouvait « s’apprendre » et se partager, constituerait-elle encore, pour certains, un objet de scandale ?

La chro cible le titre d’une petite annonce : « Aboutir ses manuscrits ». Notre monsieur a techniquement raison, soulignons-le : l’usage transitif direct du verbe aboutir est un néologisme, tel qu’en produisent toutes les pratiques sociales, y compris les ateliers d’écriture (« réécriture », par exemple, n’existait qu’avec un seul « é » dans les dictionnaires d’avant 1970). Cet usage est devenu si courant, dans les ateliers, qu’il ne choque plus guère les animateurs eux-mêmes, pourtant ni moins grammairiens ni moins écrivains, bien souvent, que Pierre Marcelle ! C’est qu’il ne s’agit pas d’aboutir à un manuscrit, mais de produire un manuscrit abouti, autre paire de manches ! Y avait-il là matière à sortir notre papy flingueur de sa chemise à l’heure des croissants ? Le métier de chroniqueur est rude, il est vrai : chercher tous les jours une idée à plus de vingt centimètres de sa chronique précédente, vous imaginez !

Réagir ? Non, pas de droit de réponse. Que les chefs et le service des PA, à Libé, s’interrogent sur la veine inspirée de leur collaborateur : c’est leur affaire, point la nôtre – même si l’auteur de ces lignes se trouvait présent lors de la « conférence nationale de propagande » qui décida, en 1973, de la création d’un grand « journal populaire (Libération). Une news alors, pour informer, c’est déjà beaucoup.

Nous continuerons à lire Pierre Marcelle, parfois, avec « la même tolérance curieuse et la même paresseuse gourmandise que celles sollicitées par l’invention d’un monde tout en ellipses, mariant l’anachronisme au néologisme sur le cadavre de la syntaxe » (ça, c’est la prose du monsieur). Merci en tout cas, Pierre Marcelle ! Nous avons eu, souvent, de beaux papiers, précédés de véritables enquêtes (dans Libé, oui oui, merci Marianne Alphant, dans Télérama, merci Erwan Desplanques, etc.). Celui du Figaro était discutable, mais pas dénué de substance. Et si vous veniez voir un jour, in situ, comment se passe un atelier d’écriture ?

Alain André, créateur et directeur d’Aleph-Écriture



Vous pouvez lire la chronique de Pierre Marcelle du 22 novembre 2011 ici.